Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

proposez ici les poèmes chinois que vous aimez, si possible avec le texte original, le pinyin et la traduction

Quelle traduction de la Chanson des rames préférez-vous ?

celle d'Hervey-Saint-Denys
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celle de Louis Bouilhet
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Tou-Tsong : portrait d'un mandarin

Messagepar laoshi » 17 Fév 2013, 07:38

Merci, Mandarine !

En continuant, ce matin, mes recherches sur les poésies chinoises de Louis Bouilhet, j'ai trouvé celle-ci, qu'Henri David juge très sévèrement. Il est vrai que Louis Bouilhet semble tout ignorer de la manière dont les Chinois fumaient l'opium et que le poème donne une image convenue de la Chine et de ses mandarins :

Tou-Tsong

Le long du fleuve jaune, on ferait bien des lieues,
Avant de rencontrer un mandarin pareil.
Il fume l'opium, au coucher du soleil,
Sur sa porte en treillis, dans sa pipe à fleurs bleues.

D'un tissu bigarré son corps est revêtu ;
Son soulier brodé d'or semble un croissant de lune ;
Dans sa barbe effilée il passe sa main brune,
Et sourit doucement sous son bonnet pointu.

Les pêchers sont en fleurs ; une brise légère
Des pavillons à jour fait trembler les grelots ;
La nue, à l'horizon, s'étale sur les flots,
Large et couleur de feu, comme un manteau de guerre.

C'est Tou-Tsong le lettré ! Tou-Tsong le mandarin !
Le peuple, à son aspect, se recueille en silence,
Quand, sous le parasol qu'un esclave balance,
Il marche gravement au son du tambourin.

Dans ses buffets sculptés la porcelaine éclate ;
Il a de beaux lambris faits de bois odorants ;
Ses cloisons sont de toile aux dessins transparents,
Et la nappe, à sa table, est en drap d'écarlate.

Il laisse le riz fade à ceux du dernier rang ;
Le millet fermenté pour le peuple ruisselle ;
Il mange, à ses repas, le nid de l'hirondelle,
Et boit le vin sucré des rives de Kiang.

Puis, sillonnant le lac, au pied des térébinthes,
Sur la jonque bizarre il se berce en rêvant,
Ou, dans le pavillon qui regarde au levant,
Cause avec ses amis, sous les lanternes peintes.
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Le barbier de Pékin

Messagepar laoshi » 17 Fév 2013, 07:44

Après le mandarin, voici le barbier, personnage pittoresque, dont l'image rappellera quelques scènes de rue à tous ceux qui ont un jour visité Pékin...

Le barbier de Pékin

Hao ! Hao ! c'est le barbier
Qui secoue au vent sa sonnette !
Il porte au dos, dans un panier,
Ses rasoirs et sa savonnette.

Le nez camard, les yeux troussés,
Un sarrau bleu, des souliers jaunes,
Il trotte, et fend les flots pressés
Des vieux bonzes, quêteurs d'aumônes.

Au bruit de son bassin de fer,
Le marchand qui vient sur sa porte,
Sent courir, le long de sa chair,
Une démangeaison plus forte.

Toute la rue est en suspens...
Et les mèches patriarcales
Se dressent, comme des serpents
Qu'on agace avec des cymbales.

C'est en plein air, sous le ciel pur,
Que le barbier met sa boutique :
Les bons clients, au pied du mur,
Prennent une pose extatique.

Tous, d'un mouvement régulier
Vont clignant leurs petits yeux louches ;
Ils sont là, comme en espalier,
Sous le soleil et sous les mouches.

Souriant, les doigts allongés,
Il flatte les épaules nues,
Et ses attouchements légers
Ont des puissances inconnues :

Le patient, dans son sommeil,
Part pour le pays bleu des rêves ;
Il voit la lune et le soleil
Danser, sur de lointaines grèves.

Il écoute le rossignol,
Roulant des notes, sous les branches ;
Ou, par les cieux, il suit au vol
Un couple d'hirondelles blanches.

Cependant, glissant sur la peau,
La lame où le jour étincelle
Court, plus rapide qu'un oiseau
Qui frôle l'onde avec son aile ;

Et quand le crâne sans cheveux
Luit comme une boule d'ivoire,
Le maître, sur son doigt nerveux,
Tourne, au sommet, la houppe noire.

Chacun s'arrête ; le barbier
Sait mainte histoire inattendue ;
Ni mandarin, ni bachelier
N'a la langue aussi bien pendue.

La foule trépigne, à l'entour,
Et, par instants, se pâmant d'aise,
Chaque auditeur, comme un tambour,
Frappe, à deux mains, son ventre obèse.

Mais, point de trêve ! il faut marcher !
Debout ! comme une tête ronde,
Son bon rasoir, sans s'ébrécher,
En trois coups raserait le monde.

Toujours plus beau, toujours plus fort,
En gardant ses libres allures,
Il fauchera, jusqu'à la mort,
Les barbes et les chevelures.

Puis, dans sa tombe on placera
Brosses, bassins et savonnettes,
Et, sous la nue, il frisera
La tresse blonde des comètes !
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Re: Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

Messagepar mandarine » 18 Fév 2013, 11:56

le nez camard,


J'ai cherché(pas trop) ce que veut dire camard mais n'ai pas trouvé.
pouvez-vous m'éclairer, merci ?
Les autorités de votre pays,qui elles aussi pensent forcément à leurs intérêts,ne manqueront pas de comprendre combien le type de célébrité que leur vaut la persécution de personnes telles que vous les dessert Vaclav Havel à Liu Xiaobo
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Re: Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

Messagepar mandarine » 18 Fév 2013, 12:00

Mais si , en y adjoignant le sujet (le nez),j'ai une réponse :
camard,e (adjectif) - Définition Mediadico

Qui a le nez plat.
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Re: Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

Messagepar jolvil » 18 Fév 2013, 13:52

C'est en plein air, sous le ciel pur,


L'air de Pékin a bien changé ! ;)
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Re: Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

Messagepar laoshi » 18 Fév 2013, 16:27

@Mandarine :

Vous connaissiez sans doute le mot "camard" sous sa forme féminie substantivée, "la Camarde" (la Mort, ainsi nommée parce qu'elle n'a pas de nez) par une chanson de Georges Brassens, Supplique pour être enterré à Sète :

La Camarde qui ne m'a jamais pardonné
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d'un zèle imbécile
...

@Jolvil

j'ai eu la chance, en 1995, de découvrir Pékin sous le ciel pur de Qinmingjie...
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Re: Les poésies chinoises de Louis Bouilhet

Messagepar mandarine » 18 Fév 2013, 19:21

Je n'ai jamais cherché à savoir qui était " la camarde" de G. Brassens,
mais
une tranche de vie en Chine plus , me voilà revenue à G.Brassens que j'ai découvert à l'âge du collège...
Laoshi,jusqu'où allez-vous nous emmener sur ce forum ?
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