Les rapports du Parti et des minorités en feuilleton

Les feuilletons chinois ne sont pas seulement une vitrine idéologique du régime ; ils sont aussi une source inépuisable de renseignements concernant l'histoire et la culture chinoises ; on y découvre des coutumes et des croyances anciennes ou contemporaines et de précieux documents pédagogiques sur l'art et la littérature

les zoos humains chinois

Messagepar laoshi » 01 Nov 2014, 09:50

On connaît bien les "zoos humains" de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle en Europe et aux Etats Unis. Ils ont aussi existé en Chine. Ce sont les minorités ethniques, et, en particulier celles du Yunnan, qui ont fait les frais de ces exhibitions. Les zoos humains ont fait place, aujourd'hui, à une politique de folklorisation, moins inhumaine, sans doute, mais tout aussi dangereuse pour les cultures traditionnelles. Ma Jian en parle dans Chemins de poussière rouge. Lui-même a d'ailleurs participé au processus de folklorisation des minorités en organisant une exposition dans un parc d'attraction de Guanzhou (autrement dit Canton) au début des années 80. Il parle ici de l'ethnie des Li.

Ma Jian dans Chemins de poussière rouge, a écrit:
Je suis une rivière jusqu'au village Li de Shuiman. Il y a une chanson traditionnelle : "Les filles de Shuiman, le thé de Shuiman..." Je sors mon appareil photo, en espérant voir passer une jolie fille, mais les enfants en ont tellement peur qu'ils s'enfuient en criant. Certaines cabanes recouvertes d'herbe ont une pièce supplémentaire sur le côté destinée aux jeunes filles. Celles qui ne tombent pas enceintes deviennent la honte de leur famille. Aucune femme Li ne peut se marier sans avoir le ventre bombé. Je me dirige vers une cabane où fume une cheminée et demande un bol de thé. La vieille femme sort une branche de feuilles de thé d'un sac en tissu et la plonge dans une casserole d'eau. Quand l'eau arrive à ébullition, elle vide le thé dans un bol. Le goût est légèrement amer. Elle me dit qu'elle a soixante-dix ans et que ses petits-fils sont tous mariés. Je lui explique que j'ai organisé une exposition sur les minorités ethniques à Guangzhou et que je suis venu ici photographier les Li. Elle me regarde froidement : "Pendant mon enfance, les Han sont venus ici et ont emmené vingt-quatre d'entre nous à Guanzhou. Nous avons été exhibés trois mois entiers dans des cages de fer, au parc Yanghan. Ils disaient aux visiteurs que les Li descendaient de singes et avaient été élevés par des serpents". Ses lèvres temblent de colère. J'abandonne. [...] Le visage de la vieille femme est couvert de tatouages. Je lui demande si je peux la prendre en photo, mais elle a encore des doutes sur ma démarche. Je lui montre donc le tampon rouge sur ma lettre d'introduction. Les tristes dessins encrés sur son visage lorsqu'elle était jeune fille se sont estompés avec les années. Je lui promets de lui envoyer la photographie. Elle me dit que les jeunes filles Li se tatouaient le visage pour repousser les envahisseurs Han.

Les coutumes des Li, telles qu'elles sont ici évoquées, ressemblent à s'y méprendre à celles des Dulong du feuilleton , leur prétendue origine simiesque et leur éducation par un serpent rappellent d'ailleurs l'étymologie supposée de ce nom. Concernant le tatouage, la vieille femme qu'interroge Ma Jian donne la même explication que le feuilleton, si ce n'est qu'il ne s'agit pas d'échapper aux Han dans le téléfilm (noblesse communiste oblige), mais à d'autres ethnies, tout aussi "sauvages". Stéphanie Gros conteste cette interprétation des choses dont elle pense qu'il s'agit d'une rationalisation a posteriori. Il est probable, en effet, que le tatouage soit un marqueur d'identité indépendant des stratégies de résistance aux enlèvements, moyen récurrent de se fournir en épouses, en Chine comme ailleurs et aujourd'hui comme hier.
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Re: Les rapports du Parti et des minorités en feuilleton

Messagepar laoshi » 29 Juil 2017, 10:57

Un reportage photographique de Karolin Klüppel surles Mosuo Washington Post, une société chinoise régie par les femmes.
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